Quelle union pour la gauche? Ce qu’en pensent les militants écologistes et LFI aux universités d’été (reporterre.net-21/08/26)

Aux Journées d’été (Les Écologistes) et aux Amfis (La France insoumise), août 2026. – © Magali Stora et Benoit Pavan / Reporterre

Aux Journées d’été des Écologistes, dans l’Isère, les militants soutiennent Tondelier mais hésitent sur la stratégie à tenir face à LFI à huit mois de la présidentielle. Côté insoumis, l’envie de rupture se fait sentir.

Par Laure NOUALHAT, Pauline DE DEUS, Magali STORA et Benoit PAVAN (photographies)

Reporterre a assisté aux rassemblements politiques estivaux des Écologistes, dans l’Isère, et de La France insoumise (LFI), dans la Drôme. L’occasion d’interroger les militants et militantes sur ce qu’ils pensent des stratégies de leur parti à huit mois de la présidentielle. Récits croisés.

Chez Les Écologistes : l’union oui, mais laquelle ?

Jeudi 20 août, pour les Journées d’été des Écologistes à Grenoble, l’Isère est placée en vigilance orange aux orages. Marine Tondelier, qui avait déjà renoncé à deux étapes de son Tour de France pour cause d’incendies en Gironde, bouleverse à nouveau son programme. La grande soirée « Pour l’écologie, pour l’union » est repoussée au lendemain matin.

Il y aurait presque de quoi sourire si l’époque n’était pas aussi sérieuse. Pendant que le climat rappelle avec insistance aux écologistes qu’ils avaient raison de tirer la sonnette d’alarme depuis quarante ans, leur famille politique s’interroge sur la meilleure façon de marcher ensemble.

Dans une enquête interne, 65 % des militants auraient voté pour que Marine Tondelier se présente de manière autonome à la présidentielle. © Benoit Pavan / Reporterre

C’est l’histoire d’un pull vert qui s’effiloche. Une maille saute, puis chacun attrape son fil. À la veille des Journées d’été, Yannick Jadot tirait franchement vers la social-démocratie. Dans Libération, il a jugé la rupture avec La France insoumise « consommée » et appelé à « refonder la gauche autour de la social-écologie ». Si son parti ralliait Jean-Luc Mélenchon, a-t-il prévenu, il partirait « illico ». Sandrine Rousseau tire au contraire vers LFI. D’autres veulent préserver coûte que coûte une candidature écologiste autonome. D’autres encore estiment qu’avec le Rassemblement national aux portes du pouvoir, le luxe de choisir ses partenaires n’existe plus.

Les écologistes vivent un triple conflit de loyauté : envers leur parti, qu’ils refusent de voir réduit au rôle de force d’appoint ; envers une gauche qui ne gagnera jamais éclatée ; envers l’urgence écologique, enfin, qui rend leurs querelles stratégiques parfois presque indécentes.

Un militant sur le campus de Saint-Martin-d’Hères près de Grenoble, lors de l’ouverture des Journées d’été des Écologistes dans la capitale des Alpes, le 20 août 2026. © Benoit Pavan / Reporterre

« De toute façon, ils n’embarquent pas les foules avec eux », tranche une élue d’Île-de-France à propos de Jadot et Rousseau. Son colistier défend Tondelier : « Marine va à la castagne, elle prend la lumière, c’est ce qu’il nous faut. » Mais derrière le casting surgit le projet : « Moi je veux que les écolos fassent le taf et proposent un vrai autre modèle de société. À ce stade, le programme reste un empilement de 200 propositions sans véritable articulation. » Son regard glisse alors vers LFI et son Institut La Boétie. « Quand Mélenchon a parlé d’écorégions, je me suis demandé pourquoi ça ne venait pas de nous. C’est une vision structurante et inspirante d’un autre aménagement du territoire. » La remarque fait mal.

Dans l’après-midi, Marine Tondelier tente justement de tenir ensemble les morceaux du pull. Devant une quarantaine de journalistes, elle refuse de choisir entre les deux pôles qui aimantent la gauche : « On sait très bien comment ça va se terminer : une partie de la gauche va tuer l’autre, et ils veulent que les écolos tiennent la gâchette. Moi, je ne veux pas faire la campagne de Jean-Luc Mélenchon, et je ne veux pas faire la campagne de Raphaël Glucksmann. » Ni l’un ni l’autre, donc. Mais avec tout le monde. Et sans plus beaucoup de laine sur le dos.

Anne-Claire, chemisette verte imprimée de marguerites, résume ce que beaucoup de militants répètent : « Il faut une union pour gagner. » Mais laquelle ? À quelques mètres, Alain Lipietz, sourire de vieux briscard, approuve : « Marine s’accroche et elle a raison. » Avant d’ajouter : « L’union de la gauche est nécessaire, mais sera-t-elle possible ? »

Dans l’assemblée, bien des écologistes refusaient de voir leur parti réduit au rôle de force d’appoint. © Benoit Pavan / Reporterre

Karima Delli, ex-eurodéputée écologiste, tranche plus sèchement : « La présidentielle, ce n’est pas notre élection. Nous n’aurons pas de présidente écolo en 2027, soyons sérieux. Donc il faut aller parler avec tout le monde. L’union est la seule voie. » Mère depuis six mois d’une petite Lilas, elle ramène les calculs électoraux à leur horizon physique : elle ne veut pas voir sa fille grandir dans un monde à +4 °C. « Il faut se concentrer sur un contrat de gouvernement et discuter sérieusement avec tout le monde. C’est le seul chemin de victoire possible. »

« Il faut discuter sérieusement avec tout le monde »

Au-dessus de Grenoble, le ciel est toujours noir. Les éclairs ont frappé dans la nuit. Et le meeting sur l’union doit finalement se tenir dans la matinée. Sous une pluie battante.

La rentrée politique a sonné avec les premières universités d’été, débutées dans la Drôme et en Isère. Alors que moins de 100 km séparent les militants insoumis de leurs homologues écologistes, l’espoir de se retrouver autour d’un projet politique pour la présidentielle s’éloigne de jour en jour. — Par Laure Noualhat

La France insoumise « ne veut pas se renier »

Au bord du lac d’Aiguille, à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme) les quelque 7 000 militants insoumis inscrits pour ses Amfis (nom des universités d’été de La France insoumise) « prennent de la force ». « C’est l’occasion de se retrouver, ça nous porte », commente Anne-So, venue de Lille.

Températures record, catastrophes naturelles, guerres, montée du fascisme… Malgré un été souvent éprouvant, pas question de céder au pessimisme. « Ce qu’on veut, c’est élargir le mouvement à toutes les forces et pas uniquement politique, aussi citoyenne et associative, et gagner l’élection en 2027 », annonce Florence, syndicaliste et militante de 59 ans venue de l’Hérault. En face d’elle, son mari poursuit : « La victoire est possible, mais sur un programme de rupture. »

Une rupture sur laquelle « les partis de gauche s’étaient mis d’accord dès les élections législatives de 2022 et la création de la Nupes », rappelle Christophe. Quatre ans plus tard, l’union de la gauche est loin de faire l’unanimité, y compris auprès de la base militante insoumise.

«  On n’a jamais dit qu’on était contre l’union, proteste Anne-So, installée à une table un peu plus loin. Mais il faut qu’elle se fasse derrière le vieux.  » © Magali Stora / Reporterre

« En 2022, je pensais que l’alliance était une bonne solution. Le contexte était différent, il y avait moins de divisions. Aujourd’hui, je ne comprends même pas comment on pourrait s’allier avec des partis qui votent avec les macronistes », argue Élisa, 23 ans, venue depuis Nice avec ses parents, militants de longue date.

Installée sur une chaise de camping, sa sœur jumelle hoche la tête : « À partir du moment où il y a une entente avec des idées capitalistes, patriarcales, c’est qu’on n’est plus de gauche ! On ne peut pas se renier. Si ça veut dire perdre nos alliés à gauche, on le fera. » Les autres participants interrogés ont un discours similaire : l’union pourquoi pas, mais à condition de vouloir changer le système en place.

«  On a des positions tranchantes, qui peuvent faire peur, mais c’est ce dont on a besoin : des réponses efficaces, à la hauteur des enjeux  », explique Ruben. © Magali Stora / Reporterre

« On a des positions tranchantes, qui peuvent faire peur, mais c’est ce dont on a besoin : des réponses efficaces, à la hauteur des enjeux », explique Ruben Joseph, récemment engagé auprès des insoumis en région parisienne. « On n’a jamais dit qu’on était contre l’union, proteste Anne-So, installée à une table un peu plus loin. Mais il faut qu’elle se fasse derrière le vieux. »

Jean-Luc Mélenchon, appelé affectueusement le « vieux » par nombre d’insoumis, est un personnage que la militante lilloise admire pour sa « culture » et sa « clairvoyance », et surtout le seul, selon elle, capable de l’emporter à la prochaine échéance électorale. « Dans un débat face à Le Pen, il va la flinguer, c’est sûr », réagit son amie Sylviane, une militante de 79 ans dont la voix, parfois éraillée par les années, reste déterminée.

« C’est la plus grande chance de la gauche depuis soixante ans… »

Un peu plus loin, sur des sièges de jardin, un groupe d’amis formé au gré des événements politiques espère, quant à lui, une prise de conscience. « C’est la plus grande chance de la gauche depuis soixante ans… Il faut s’en rendre compte ! » s’exclame Titouan. Pour les vingtenaires, si le choix d’un candidat « est toujours un compromis », être représenté par Jean-Luc Mélenchon est une évidence. Et pour ce qui est des critiques sur le caractère clivant du personnage, plusieurs militants insoumis assurent que c’est une « image » relayée par les médias et les opposants politiques du candidat.

Et quoi qu’il en soit, l’enjeu va bien au-delà : « Je vote pour un programme, pas une figure… C’est ça la priorité ! » insiste Lucile. Et même pour les plus « fans », comme Anne-So, si victoire il y a, le maintien au pouvoir du leader insoumis — qui avait promis en 2022 de ne pas se représenter — n’est pas un objectif : « Après un an ou deux, une fois qu’il aura mis les choses en place, j’espère qu’il passera la main à d’autres figures du parti. Et là, les gens pourront se dire qu’il n’avait pas tant d’ego que ça et que ce mouvement est vraiment top ! » — Par Pauline de Deus

Source: https://reporterre.net/Ecologistes-tirailles-insoumis-remontes-a-bloc-les-militants-face-aux-strategies-de-leur

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