
Jets de projectiles, tirs de grenades, gaz lacrymogène et tensions : ce samedi 17 octobre 2026, à Brest (Finistère), pendant la manifestation, non déclarée, contre la vie chère, la baisse du pouvoir d’achat et les politiques gouvernementales, des affrontements éclatent entre manifestants et forces de l’ordre en sous-effectif rue de Siam, à proximité du commissariat de police de Brest. | JUSTIN PICAUD / OUEST-FRANCE
Une mobilisation au moins 10 fois plus forte que prévu, des forces de l’ordre en sous-effectif, des dégâts matériels, des pillages, des violences… La mobilisation de ce samedi 17 octobre 2026, à Brest, une manifestation non déclarée, risque de laisser des traumatismes, autant chez les policiers que chez les manifestants.
Par Frédérique GUIZIOU
Le seul commissariat de police de France à avoir été attaqué : c’est le record national établi par Brest pendant la mobilisation de ce samedi 17 octobre 2026. Nos collègues ont craint pour leur vie : trop peu nombreux, les policiers n’ont fait que subir ce siège qui a duré 3 heures, ils n’ont pu lancer aucune véritable manœuvre offensive », résument les représentants locaux des trois syndicats de police. Tous indiquent avoir remonté de nombreuses questions à leur hiérarchie sur la stratégie, ou plutôt le manque de stratégie, qui a durement impacté Brest pendant cette manifestation qui n’avait pas été déclarée. Au plus fort du chaos dans l’après-midi, à peine une trentaine de policiers défendaient le commissariat.
« Pris de court »
Nos collègues n’ont pu compter que sur eux-mêmes, analyse Yann Dupont, secrétaire départemental du syndicat de police Alliance. Les forces de l’ordre ont été déployées en fonction des infos qu’elles avaient, Si les policiers se sont retrouvés en sous-effectif, c’est parce que leur nombre avait été calé sur des prévisions très en dessous de la mobilisation réelle.
Dix fois plus de manifestants que prévu : Exactement le même phénomène qu’en novembre 2018, lors de l’acte I des Gilets Jaunes qui avait aussi pris de court,
continue le représentant d’Alliance. Personne n’avait prédit une telle ampleur. Ni une telle amplitude horaire. Ni autant de blessés : 31 policiers au total, en majorité frappés par les pavés démontés. La blessure la plus grave reste une fracture ouverte du pied. Faute de pouvoir être remplacé, le policier blessé est pourtant resté plus de 2 h en poste.
12 heures de heurts et de tensions
Ni CRS ni escadron d’intervention non plus pour renforcer les équipes brestoises. Seule une dizaine de policiers est arrivée en renfort de Saint-Brieuc. Et du matériel supplémentaire (grenades, balles de défenses) a dû être acheminé en urgence de Saint-Brieuc et de Quimper à Brest. Les 30 gendarmes restés déployés autour de la sous-préfecture ne sont arrivés qu’après la bataille. Les troubles ont commencé dès 6 h, au rond-point de Pen-ar-Ch’leuz. Et se sont terminés vers 21h : entraînés jusqu’à Pontanézen par une bande d’une cinquantaine de jeunes qui venait de piller la galerie de l’Europe après avoir remonté la rue Jean-Jaurès, les policiers ont ensuite trouvé des impacts de balles sur leurs véhicules.
Redoutant des traumatismes durables chez les policiers, le syndicat Alliance a demandé la mise en place d’une cellule de veille, alors que la perspective d’une nouvelle manifestation se précise samedi prochain : Il faut que l’on soit tous préparés, les policiers mais aussi les commerçants. Tous auront eu très peu de temps pour se remettre, continue Yann Dupont.
« Manifestation sauvage »
La règle, c’est la déclaration, sinon, ça devient une manifestation sauvage. Le parcours n’étant pas tracé, c’est très compliqué pour la coordination, l’anticipation, reconnaît le sous-préfet de Brest, Laurent Pidoux. Résultat, samedi, les flux n’ont pas pu être gérés comme ils auraient dû.
Si la ; manifestation avait été déclarée, elle aurait été autorisée
, assure le sous-préfet. Mais le cortège ne serait pas passé au croisement de la rue Colbert, où se trouve le commissariat central : On ne fait pas passer une manifestation devant les équipements publics, la mairie ou le commissariat. Ce qui permet d’éviter le genre d’écueils que l’on a vus, continue Laurent Pidoux. Il y aurait quand même eu des heurts, puisqu’on a compté 1 500 personnes venues en découdre avec les forces de l’ordre.
Le chiffre de 1 500 casseurs
reste pourtant contesté par les manifestants : « Le gouvernement reste sourd aux revendications pourtant légitimes, dans le déni de cette colère qui monte depuis des années et qui finit par exploser.
On n’a jamais vu ça et pourtant, on a manifesté toute notre vie, en syndicalistes puis en retraités de gauche, confirm
ent Germaine et Alphonse, venus du Conquet manifester à Brest. On n’a pas compris pourquoi tout à coup, en bas de Siam, on a été aspergés de lacrymos ». Cette réaction des policiers pris en tenaille, piégés »,
a éclaté le cortège en deux. Une partie des manifestants a continué rue de Siam, l’autre a remonté la rue du Château. » Ce qui aurait provoqué leur riposte. Qui a déclenché une panique générale puis l’utilisation des pavés comme projectiles : On a eu une chance incroyable de ne pas avoir de blessés graves,
note Pauline, mère de famille. Les tirs de LBD auraient fait au moins une dizaine de blessés parmi de très jeunes manifestants.
On les regrette ces violences : elles ne correspondent pas à nos méthodes et mettent des gens en danger, les manifestants et les policiers, insistent les quatre élus municipaux Insoumis, réunis en conférence de presse, ce lundi 19 octobre 2026 avant d’aller apporter leur soutien aux commerçants qui ont « souffert d’une situation incontrôlable
: «Notre position, c’est qu’il y a un problème politique auquel une réponse politique doit être apportée. On est d’accord avec le syndicat Alliance quand il dit que « la police, ce service public, manque cruellement de moyens ».
Accompagnée de ses parents, Marlène décrit un cortège pacifique, tranquille et joyeux qui chantait, dansait, criait des slogans
: C’est dommage de ne retenir que les pillages lorsqu’on a partagé un moment fort, plein d’espoir et émouvant avec des gens capables de s’unir, de se comprendre, de faire preuve de solidarité.
Mais les déclarations du président Emmanuel Macron et les couvre-feux annoncés par le Premier ministre Sébastien Cornu, des mesures qui n’ont aucun sens » ont à nouveau attisé la colère
des lycéens. Très fatigués » de leur implication dans un mouvement qu’ils ont l’intention de poursuivre » mais sous de nouvelles formes », les jeunes ne profiteront des vacances que pour rattraper leurs cours.
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