Après la poussée xénophobe autour de Ceuta, l’UE fait mine de resserrer les rangs pour mieux militariser ses frontières (H.fr-4/08/26)

es États membres de l’UE auraient « unanimement exprimé leur profonde solidarité envers l’Espagne » dont les soldats ont refoulé les Marocains qui sont entrés dans le pays via l’enclave de Ceuta, le 31 juillet.
© Juan Carlos Lucas/ZUMA Press Wire/ABACAPRESS.COM

Réunis en visioconférence ce 4 août, les ministres de l’Intérieur de l’Union ont affiché leur unité et leur soutien à l’Espagne. Mais les partisans d’une ligne dure face aux migrations continuent de pousser à leur avantage.

Par Lina SANKARI

À en croire les Européens, tout est un problème de friture sur la ligne. Pas de politique. Ce 4 août, les ministres de l’Intérieur des Vingt-Sept organisaient une visioconférence pour coordonner la réponse communautaire après le drame humain, survenu les 30 et 31 juillet lors de l’arrivée de 50 000 migrants à Ceuta, l’enclave espagnole en terre marocaine, qui a illustré les fractures européennes et l’emprise de l’extrême droite.

Cette dernière a fait peu de cas des 72 à 130 morts mais a instrumentalisé l’affaire pour condamner la politique souveraine d’accueil de Pedro Sanchez, alors même que la majorité des personnes parvenues à Ceuta ont immédiatement pris le chemin du retour. De concert avec les sociaux-démocrates danois au pouvoir, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) a immédiatement exigé l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen. Une disposition contraire au droit européen.

On apprend ainsi, un peu tard, que durant cet appel entre ministres de l’Intérieur de l’UE, les États membres auraient « unanimement exprimé leur profonde solidarité envers l’Espagne ». Reste à savoir si le retour des contrôles aux frontières, tels que pratiqués par la France et l’Italie, relève de cette solidarité.

L’UE présente un visage uni

Le premier compte rendu de cette réunion révèle que le problème réside dans « la communication en temps de crise » plutôt que dans les positions proprement xénophobes et les appels à une militarisation accrue des frontières. Retour à la raison, à en croire le ministre de l’Intérieur français Laurent Nunez qui assure : « Tous et toutes ont convenu que la question de l’espace Schengen n’était pas vraiment le problème, mais plutôt la solution. »

Madrid semble préférer présenter l’image d’une Europe qui sert les rangs et promet, par la voix de son ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, que « l’espace Schengen n’a jamais été en danger, pas même en danger minimal ». En référence à l’instrumentalisation de cette crise de l’accueil par les États-Unis et Israël notamment, le représentant français a toutefois regretté les « dissensions » communautaires qui ont une nouvelle fois permis à des acteurs extérieurs d’« attaquer l’Union européenne » et in fine de l’affaiblir un peu plus, faute de présenter un visage uni.

922 millions d’euros pour Frontex

En parallèle de la criminalisation des flux migratoires, la militarisation des frontières de l’UE est devenue un marché très lucratif qui profite essentiellement au complexe militaro-industriel et technologique. En atteste le budget de l’agence Frontex, qui a atteint 922 millions d’euros en 2024, contre 460 millions en 2020, ce qui en fait l’agence opérationnelle la mieux dotée de l’Union.

C’est en ce sens qu’il faut comprendre la déclaration feutrée du ministre danois de l’Immigration et de l’Intégration, Morten Bodskov, pour qui « ces événements montrent qu’il est absolument essentiel que nous gardions le contrôle des frontières de l’Union européenne ».

Sous la houlette de l’extrême droite emmenée par Giorgia Meloni, Bruxelles a déjà révisé, au printemps, le pacte européen sur la migration et l’asile, et en a durci les règles, autorisant notamment les États membres à envoyer des déboutés du droit d’asile dans des centres hors des frontières de l’UE.

Source: https://www.humanite.fr/monde/ceuta/apres-la-poussee-xenophobe-autour-de-ceuta-lue-fait-mine-de-resserrer-les-rangs-pour-mieux-militariser-ses-frontieres

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