
Inauguré durant l’été 1861 pour réunir Brest et Recouvrance, le pont tournant de la Penfeld fut une prouesse d‘ingénierie saluée à l’échelle internationale. L’ouvrage a été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale.
Pendant près d‘un siècle, il a marqué la silhouette de la cité du Ponant et rythmé le quotidien de ses habitants. Avant sa construction, franchir la Penfeld tenait de l’épreuve. Seul un pont de bateaux en bois, soumis aux caprices des marées et aux exigences prioritaires de la Marine, reliait péniblement le centre-ville au quartier populaire de Recouvrance. À la clef, beaucoup d’accidents, et des pertes humaines importantes. Pour désenclaver la population tout en préservant l’activité de l’arsenal, la décision est prise sous le Second Empire de bâtir un ouvrage métallique hors norme.
Une prouesse technique de 1 500 tonnes
Conçu par les ingénieurs Nicolas Cadiat et Alphonse Oudry, le chantier d‘envergure est confié aux forges Schneider du Creusot. Le 23 juin 1861, après trois ans de travaux, le « Pont Impérial » est officiellement inauguré sous les acclamations. Malgré l’absence de l’empereur, l’événement fait sensation bien au-delà de la Bretagne : avec ses deux volées mobiles de plus de 50 mètres de long et une portée totale de 105 mètres, Brest s’enorgueillit alors de posséder le plus grand pont tournant du monde.
La cinématique relève d‘une remarquable maîtrise technique. Chaque travée métallique pesant 750 tonnes repose sur une haute pile de granit. Pour laisser passer les navires de guerre, quatre hommes postés de chaque côté actionnent un système de cabestans à la force des bras. En une vingtaine de minutes, l’ensemble de la structure pivote sur une couronne de galets en acier, ouvrant le chenal aux plus grands voiliers.
Le cœur battant de la cité
Avec la chute de Napoléon III en 1870, l‘ouvrage est rebaptisé « Pont National ». Celui que beaucoup appellent le Grand pont s’impose définitivement comme l’artère vitale de la ville. Les ouvriers de la pyrotechnie, les marchands et les promeneurs s’y croisent chaque jour, bientôt rejoints par les rames du tramway électrique à partir de 1898. Depuis ses balustrades, le panorama sur la Penfeld, le château et les navires de la flotte constitue le paysage emblématique du Brest d’avant-guerre.
L’effondrement sous les bombes en 1944
Ce géant d‘acier ne survivra pas au second conflit mondial. Lors du siège de la ville à l’été 1944, les bombardements alliés pilonnent les infrastructures stratégiques. Dès le 25 août, du quartier de Recouvrance, proche de l’arsenal, il ne reste quasiment plus rien. Et le 3 septembre 1944, vaincu sous une pluie de fer et d’acier, le pont s’effondre brutalement dans les eaux de la Penfeld, coupant la ville en deux.
Il faudra attendre 1954 pour qu‘un nouvel ouvrage, le pont levant de Recouvrance que l’on connaît aujourd’hui, vienne à nouveau relier les deux rives. Aujourd’hui, si seules les embases en granit témoignent encore de son emplacement, l’ancien pont impérial demeure gravé dans la mémoire collective brestoise.
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