Retraites : François Bayrou échappe à la motion de censure du PS et remercie Marine Le Pen (H.fr-1/07/25)

François Bayrou présent à l’Assemblée nationale lors de l’examen de la motion de censure du PS, le mardi 1er juillet 2025. REUTERS/Tom Nicholson

Le Premier ministre a survécu à sa huitième motion de censure, ce mardi 1er juillet, grâce à l’extrême droite. Et ce, même si l’initiative visait à faire tomber l’exécutif sur la question de la réforme des retraites, à laquelle le camp Le Pen est supposé s’opposer.

Par Cyprien CADDEO.

Le Palais Bourbon transpire à grosses gouttes. Ce mardi 1er juillet, le thermomètre affiche 38 °C en région parisienne et le vieux bâtiment qui abrite l’Assemblée nationale laisse entrer l’étouffante chaleur. François Bayrou, lui, affronte sa huitième motion de censure depuis sa nomination en tant que Premier ministre.

Celle-ci a été déposée par le PS. Mais pas de quoi lui donner un coup de chaud, même pas des sueurs froides. Sans surprise, le chef du gouvernement a conservé son poste, à l’issue du scrutin, grâce au soutien attendu du Rassemblement national.

189 députés ont voté la censure

Seuls les députés de gauche et quelques-uns du groupe Liot ont voté la censure : 189 au total quand la majorité requise était de 289. L’exécutif, qui aurait pu être sanctionné sur la question centrale de la réforme des retraites, sur laquelle il refuse de réengager une discussion parlementaire, est donc sauvé par l’extrême droite.

Devant un hémicycle quasiment vide, preuve du manque d’intérêt global pour cette motion, le Béarnais affiche une certaine arrogance. Il raille « le rythme respectable des motions de censure » et ce texte déposé « qui n’a pour but que d’octroyer au PS un certificat d’opposition et de dénonciation. Je vous le signe volontiers, des deux mains » !

Le Premier ministre n’a pas de quoi s’alarmer puisqu’il est assuré que le RN, dont les voix sont incontournables pour faire tomber le gouvernement, ne vote pas la censure. Marine Le Pen a tué le peu de suspense qui demeure, dans la matinée : « Cette censure, là, aujourd’hui, n’apporte rien aux Français. »

La patronne de l’extrême droite française donne rendez-vous à la rentrée, pour le vote du budget auquel elle prévient qu’elle sera « très attentive ». La censure, partie remise ? L’échéance s’annonce en tout cas autrement plus délicate pour François Bayrou : son « socle commun » se lézarde alors que les appétits s’aiguisent pour préparer l’après-Macron, et le président de la République s’agacerait de l’immobilisme de son Premier ministre.

Le PS rompt avec Matignon et claque la porte

Malgré l’échec annoncé de sa motion de censure, déposée en son seul nom, le groupe PS se démène dans l’Hémicycle. « C’est un gouvernement sans cap et sans parole », tempête le président du groupe, Boris Vallaud, estimant que le Premier ministre n’a tenu aucun des engagements pris en janvier, en échange desquels le parti à la rose promettait de ne pas censurer (sur la fiscalité écologique, l’éducation et les retraites).

L’accord rompu, le PS a décidé de changer de braquet. Non sans s’attirer les moqueries des insoumis, avec qui les relations sont glaciales. LFI a beau voter la censure, la députée Clémence Guetté estime que les socialistes ont fait « perdre six mois aux Français ». Mais le PS est aussi la cible du camp Bayrou, qui semble avoir enterré l’idée de renégocier avec les sociaux-démocrates à l’avenir : « Olivier Faure a maintenant un agenda : c’est rappeler qu’il est de gauche, pour aller à la présidentielle et faire 2 % », raille le député Modem Richard Ramos.

De fait, la motion de censure du jour ne passionne pas les foules. L’Hémicycle sonne creux, les élus RN n’étant pas présents, à l’exception de Marine Le Pen et une poignée de lieutenants. Même la salle des Quatre Colonnes, qui habituellement bourdonne des échanges entre élus et journalistes, semble ronronner dans une semi-léthargie. L’effet d’un trop-plein de motions de censure vouées à l’échec ?

Le gouvernement sourd au vote symbolique de l’Assemblée

« Il y a un trop-plein de François Bayrou, rétorque l’écologiste Benjamin Lucas-Lundy. Cela nuit à la France, on se réveille tous les matins en rêvant de le censurer. » Les médias semblent surtout s’être accoutumés à un fait politique pourtant majeur : c’est encore l’extrême droite qui accorde un sursis au Premier ministre. De plus, sur un sujet cardinal auquel il est censé être opposé : la réforme des retraites de 2023.

Matignon avait promis de rouvrir les discussions sur le texte, en lançant le fameux conclave, avant d’en constater l’échec et de décider de ne rien faire. Ou presque : le Premier ministre assure qu’il y aura bien un projet de loi sur la base « des avancées concrètes de la démocratie sociale » incarnée par ce conclave. Le texte devrait porter sur des aménagements de la réforme de 2023 : réintégration de trois critères de pénibilité, recul de l’âge de suppression de la décote des femmes (de 67 à 66 ans et demi)… Des « mesurettes », pour la gauche, qui souhaite un nouveau débat sur l’âge de départ.

Le 5 juin, le groupe communiste (GDR) est justement parvenu à faire voter une résolution d’abrogation de la réforme. Sa portée est certes non contraignante. Reste que c’était la première fois que l’Assemblée se prononçait directement sur la loi. « Le Premier ministre doit entendre ce vote ! Il y a deux issues : soit déposer un nouveau projet de loi, soit convoquer un référendum », insiste le chef du groupe GDR, Stéphane Peu.

Le député PCF a aussi tenu, dans l’Hémicycle, à répondre au Premier ministre, qui a accusé la gauche de « méconnaître le monde du travail » : « Je vais vous faire une invitation, cordiale, à venir à une réunion de famille, chez moi. Vous allez rencontrer des gens qui ont tous commencé à travailler à l’âge de 16 ans, qui n’ont pas un jour chômé dans leur vie. Ils vous expliqueront ce que c’est que le travail et comment ils ont vécu la réforme des retraites », a-t-il rétorqué, ému.

Le RN souffle le chaud et le froid sur les retraites

Il y a moins d’un mois, le RN avait voté la résolution communiste. « Nous constatons la duplicité de ce parti, mais sommes-nous surpris ? fait mine d’interroger l’écologiste Benjamin Lucas-Lundy. M. Bardella entretient le flou depuis le début, et son allié M. Ciotti est favorable au fait de repousser à nouveau l’âge de départ. » Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, accuse quant à lui le RN d’être « encore l’assurance-vie de la Macronie ».

Le camp lepéniste se retrouve en effet dans la position de faiseurs de rois qui prévalait lors de l’éphémère période Michel Barnier. Le prédécesseur de François Bayrou avait multiplié les œillades en direction de l’extrême droite, ce qui n’avait pas empêché le RN de mettre fin à ses fonctions quand il l’avait jugé opportun.

Le président du Modem, lui, avait précisément négocié avec les socialistes avec l’espoir de desserrer l’emprise de l’extrême droite sur ses marges de manœuvre. Mais, mardi, le député UDR Maxime Michelet, allié au RN a prévenu : « Nous vous censurons à l’heure que le bloc national jugera utile à la nation ». Le gouvernement n’a qu’une béquille, et elle s’appelle Marine Le Pen.

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Source: https://www.humanite.fr/politique/francois-bayrou/retraites-francois-bayrou-survit-a-la-motion-de-censure-du-ps-et-remercie-marine-le-pen

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